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October 2015

Recycler la Révolution: 2

THE EDITOR

[Gaudium et Spes]  joue le rôle d'un contre-Syllabus, représente, de la part de l’Église, une tentative de réconciliation officielle avec la nouvelle ère inaugurée en 1789.

Cardinal Ratzinger (1982)
 

Les nombreuses décades pendant lesquelles on s'est laissé hypnotiser par le dogme, par une approche réglementaire, sont parvenues à leur fin. Aujourd'hui, nous voulons introduire un esprit créatif.

Mikhail Gorbachev (1988)
 

Avec le prochain synode, il est clair que le Saint Père appelle l’Église à ouvrir de nouvelles voies, et à promouvoir la créativité dans l'accompagnement des familles… et que nous ne nous ne nous contenterons pas … d'approches qui paralyseraient cette créativité.

l'Archevêque Cupich (2015)

 

Il y a beaucoup de mots capables de décrire la direction prise par le présent pontificat, la plupart non mentionnables. Mais, pour les prélats modernistes tels que Blaise Cupich de Chicago, « créativité » est le mot juste. Cependant, il en s'agit pas, loin de là, de créativité dans les façons d' « enseigner à toutes les nations » [Matt. 28:19] des vérités salvifiques impopulaires : tout tourne autour d'une créativité qui excuse une multitude de péchés.  Ceux qui ont été rendus faciles, avec l'accord du pape, au Synode l'octobre 2014, par exemple. Là, en plein relief, nous avons vu à l’œuvre la « créativité » bergolienne : tromperie et manipulations(1)en vue de sceller la « réconciliation » moderniste de l’Église avec « l'ère nouvelle inaugurée en 1789 » - l'objecif pervers affiché sans fard par le Cardinal Ratzinger (parmi d'autres).

Sorti du même sac de mots ambigus que  « renouveau », « créativité » est le dernier déguisement publicitaire de leur infidélité au Christ et son Épouse immaculée, de leur concubinage avec cette modernité dissolue, cet athéisme artificieux mis en action par la Loge, par le biais de la Révolution génocidaire qu'elle a fomentée, guidée et qu'elle célèbre dans sa triple devise maçonnique : liberté, égalité, fraternité (- les principes sans Dieu qui informent tous les produits dérivés modernes de 1789, telle l'industrie des Droits de l'Homme).

«Créativité» a été inventé afin de présenter cette trahison comme   fraîche et rafraîchissante: une ouverture d'esprit ; ... moderne. Pourtant, le mot ne peut pas déguiser ce à quoi tend, à sa manière poussive et ennuyeuse, la constitution à laquelle se réfère fièrement le cardinal Ratzinger : Gaudium et Spes («L’Église dans le monde moderne »). Un plan conciliaire informe, préparant un compromis avec la progéniture laïque de Madame Guillotine, dont les partisans ont réhabilité les faussetés justement condamnées par le Bienheureux Pie IX dans son Syllabus (1864).

Destruction créative

Publié en annexe de l'encyclique Quanta Cura (« Condamnant les erreurs du temps présent »), le Syllabus apparut au moment même où les fils maçonniques de 1789 mettaient l'Italie du 19e siècle à feu et à sang par leur révolution sanglante en vue d'annexer les états pontificaux.  Au nombre des 80 propositions condamnées comme erronées figuraient l'athéisme, le rationalisme, l'indifférentisme (toute religion est aussi bonne que les autres), le socialisme et le communisme, les sociétés secrètes et l'idée que les états-nations laïques avaient autorité sur l’Église. La mise au pilori de ces vaches sacrées de la Judéo-Maçonnerie (en particulier la condamnation de la proposition 80, que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne ») suscita une clameur dans les milieux séculiers contre le catholicisme « réactionnaire » - une clameur dont on retrouva bientôt l'écho à l'intérieur de l’Église chez les modernistes – jusqu'au jour où le coup d'état conciliaire leur a permis de rédiger leur propre « contre-syllabus ».

Ainsi l'épouse du Christ se trouva-t-elle contrainte d'entrer dans « l'ère nouvelle inaugurée en 1789 ». Des pontificats 'créatifs' (y compris celui de Ratzinger) poursuivirent le processus de « réconciliation », dans un goutte à goutte de confusion et de compromis, jusqu'à ce que François arrivât pour ouvrir tous les robinets et conclure le marché. 

Si nous entendons « créatif » dans le sens de « destruction créatrice » - celle dont se glorifient les Néoconservateurs qui ont mis en œuvre les guerres catastrophiques d'Afghanistan et d'Irak (CO passim) – alors le pontificat présent se comprend parfaitement. Le projet 'créatif' des Neoconservateurs visait à raser jusqu'au sol les sociétés traditionnelles du Moyen-Orient et à attribuer la tâche lucrative de leur reconstruction laïcisée – en marchés de consommateurs ligotés par des régimes démocratiques dociles – au complexe « militaro-industriel ». De son côté, François cherche à raser les derniers bastions de la tradition (y compris le Syllabus) en confiant les dernières étapes du projet de démolition en cours – la sécularisation de la foi et de la morale – aux Kasper, Cupich, Maradiaga, Daneels, Schönborn, Wuerl et. al. : archi-modernistes sélectionnés de sa main pour participer au Synode de ce mois, aux yeux desquels, il n'y aura jamais assez de « destruction créative » de la Foi des anciens jours et de la Messe ancienne.(2)

Il nous faut souligner encore une fois que, en présidant aux étapes ultimes du programme révolutionnaire de Hans Urs von Balthasar de « raser les bastions » de la Foi, François agit en parfaite continuité avec ses prédécesseurs immédiats Jean-Paul II et Benoît XVI, tous deux ardents Balthasariens. Bien que critique de ceux qui veulent amener Vatican II au degré zéro de la théologie, le Cardinal Ratzinger insistait paradoxalement sur le point que :

« il n'y a aucun retour possible au Syllabus, lequel a bien pu être un premier pas dans le combat contre le Libéralisme et le Marxisme naissant, mais ne peut pas être le dernier mot. Ni la connivence ni le gettho ne pourront résoudre le problème que posent aux chrétiens les relations avec le monde moderne. C'est pourquoi la tâche de 'raser les bastions' à laquelle Urs von Balthasar appelait dès 1952 était en effet un devoir urgent ». [Principes de Théologie catholique, 1982].

Les Néoconservateurs refusent de reconnaître cette logique destructrice. Nous finissions la Première Partie de cet éditorial sur le réveil tardif d'Andrea Gagliarducci devant  la menace sans précédent que François représente pour la foi de nos pères.  Et pourtant, il se pose encore la question : « Pourquoi le Pape Benoît demeure-t-il silencieux ? Quelle prise peuvent-ils avoir sur lui ? ». Bien entendu, dans le climat présent, n'importe quoi est possible. Mais est-ce vraiment un silence forcé ? Là où Gagliarducci voit une fracture, il n'y a que continuité Balthasarienne, sinon dans le détail, au moins dans l'ensemble du tableau libéral.

Et ainsi, tandis que les papautés post-conciliaires changent de vitesse libérale, passant du modéré à l'extrême, qui, lui, est logique, nous en sommes parvenus aux débordements finaux de la « nouvel ère » : un delta toxique où convergent les affluents maçonnique, marxiste et moderniste, pour se déverser dans une mer de « réconciliation » entre hommes étroitement liés aux fruits matérialistes de 1789 ; y compris leurs ramifications nouvelles telles que la sodomie institutionnalisée et les annulations matrimoniales ultra-rapide, que Pie IX n'aurait jamais vues arriver dans ses cauchemars les plus libéraux.

Le Modernisme flagrant

Comme il convient, c'est un vrai socialiste, fils de la Révolution qui a le mieux décrit l'émergence de la nouvelle mentalité.  « Les nombreuses décades pendant lesquelles on s'est laissé hypnotiser par le dogme, par une approche réglementaire, sont parvenues à leur fin. Aujourd'hui, nous voulons introduire un esprit nouveau. », déclarait Mikhail Gorbachev en 1988. Les Bergoliens en ont dit autant à de nombreuses reprises. 

« L’Église n'est pas hors du temps ; elle vit au milieu des vicissitudes de l'histoire, et c'est le peuple d'aujourd'hui qui doit connaître et vivre l’Évangile » confiait à un journal belge le subversif Secrétaire du Synode, le Cardinal Baldisseri, en mai 2014.  « Le message devrait être actualisé, avec tout le respect dû à l'intégrité de celui qui le reçoit ». Manifestement intoxiqué par l' « esprit créatif » de révolte  de Gorbachev, et aussi fatigué que celui-ci d'être « hypnotisé par le dogme » et « une approche réglementaire », il devait plus tard provoquer les participants à une conférence organisée en janvier 2015 par le Conseil Pontifical pour la Famille : en déclarant que la proposition hérétique du Cardinal Kasper d'accorder la communion aux divorcés-remariés « devrait être accueillie comme une contribution intéressante ». 

Comme un ange de lumière proclamant ce que Pie X a condamné catégoriquement dans Pascendi, le Cardinal assura son audience indignée que « Il n'y a aucune raison de se scandaliser de ce qu'un cardinal ou un théologien dise une chose différente de la soi-disant 'doctrine commune' » (Comprenez, à la place de l'expression entre guillemets fabriquée par Baldiserri : la doctrine de fide ! ).  Enhardi, ils poursuivit : « Cela n'implique aucunement une opposition », mais simplement « une réflexion, parce que le dogme a sa propre évolution ; il s'agit de développement, non de changement… Tout de que nous savons aujourd'hui constitue un mystère, et, puisque nous sommes devant un mystère et qu’un mystère ne peut pas être connu de façon immédiate, nous progressons dans notre compréhension. » ( « Ainsi, nous avertit Pie X, la route est ouverte pour une évolution intrinsèque du dogme. C'est une collection immense de sophismes (modernistes], qui ruine et détruit toute religion  ».)

Et pendant ce temps, ce qu'on entend de la bouche du Saint Père est le même discours révolutionnaire, dans la même veine hypocrite, comme au début de Septembre, alors qu'il s'adressait à un congrès international tenu en Argentine pour célébrer le 50me anniversaire du Second Concile du Vatican.

Des condamnations extraites de Pascendi pourraient être juxtaposées à presque chacun des passages problématiques de cette allocution, à cette liste éhontée d'a priori modernistes, de suppositions et d'affirmations confirmant, une fois encore, les sources libérales de ce pontificat. Qu'il suffise de rapporter ici que ce maître des fausses dichotomies a décrit Vatican II comme une tentative « de remédier au divorce entre la théologie et le ministère pastoral, entre la foi et la vie » (comprenez : 'entre une approche réglementaire et un esprit créatif'). Souvent les deux ont été confrontés dans une « fausse opposition » comme « deux entités séparées » a-t-il prétendu. Ceci, dit-il, crée un faux conflit entre ceux qui sont pasteurs « du côté du peuple » et les académiques « du côté de la doctrine ». (Bien entendu, le seul « faux conflit » ici est celui que le pape a précisément créé par ses distinctions fallacieuses!). Tout effort pour limiter ou supprimer la connexion et la communication entre « la tradition reçue et la réalité concrète met la foi du peuple de Dieu en danger », a-t-il ajouté – prenant bien soin de passer sous silence les réalités sodomites et adultères qui, dans les faits, mettent les âmes en danger, mais que lui et le camarade Baldisseri tenteront une nouvelle fois d’accommoder à l'intérieur de la « tradition reçue » lors du Synode II.

Des 'aliens' parmi nous. Les complices du type Baldisseri ou Kasper nous rappellent que l’Église s'est laissé infiltrer par des agents d'influence. Quant au Saint Père, nous pourrions espérer pour son propre salut qu'il est un produit si parfaitement malformé de ces temps ecclésiastiques qu'il ne réalise pas que la dialectique Marxiste-Moderniste qu'il prêche continuellement crée des conflits là où aucun n'existe, conduisant à séparer la vérité absolue de situations pastorales évolutives, et ainsi à adapter la doctrine à la culture plutôt que l'inverse. (Le but ne devrait être, non pas « d'adapter la Révélation au monde » a rappelé récemment le Cardinal Müller, lorsqu'il a blâmé les évêques allemands pour leur attitude schismatique,  « mais ... de gagner le monde à Dieu »).

L'école de Francfort

Bien qu'en parfaite conformité avec le modernisme, la déclaration de Gorbachev en 1988 n'était naturellement pas une déclaration religieuse. Il anticipait seulement des développements qui n'allaient pas tarder à suivre et qui furent symbolisés dramatiquement par la chute du Mur de Berlin : l'effondrement existentiel du Marxisme en tant que structure politico-économique et sa reconfiguration en tant qu’entité culturelle 'créative'.  En fait, il savait très bien que cette construction anti-culturelle était déjà bien avancée, ayant été préparée en secret peu de temps après la Révolution Bolchevique par son prédécesseur démoniaque, Lénine lui-même. Un bref récapitulatif de cette histoire permettra de placer dans son vaste contexte notre condition misérable présente, telle qu'elle résulte du coup d'état explosif manigancé par une escouade de révolutionnaires mitrés au Synode N° 1.

Le marxisme culturel, une stratégie liée au nom du communiste italien Antonio Gramsci, lequel cherchait des moyens non violents pour subvertir et attirer aux conceptions marxistes toutes les institutions de formations de l'Ouest, était déjà très tôt  dans l'esprit de Lénine. Dès la fin de 1922 il avait organisé une réunion à l'Institut Marx-Engel de Moscou pour examiner les raisons qui avaient empêché sa révolution violente des travailleurs de prendre d’assaut le reste du monde. De ces délibérations émergea le concept de « La Révolution et l’Éros » : comment utiliser l'instinct sexuel comme un instrument de destruction. La proposition du camarade Willi Munzenburg fut « d'organiser les intellectuels et les utiliser pour que la civilisation Occidentale se mette à puer … de corrompre toutes ses valeurs et d'y rendre la vie impossible... » Un commentateur a dit que « cette conférence de Moscou fut peut-être plus nocive pour la civilisation Occidentale que la Révolution Bolchevique elle-même ».

Les réunions qui ont suivi ont conduit à la création de l'École dite de Francfort en Allemagne : une organisation subversive dont nous reparlerons souvent dans ces pages. Formée principalement d'intellectuels juifs marxistes, cette « école » fut crée au sein de l'Institut des Recherches Sociales de l'Université de Francfort afin de donner vie au programme révolutionnaire de Lénine.  En vue de créer l'état de désespoir et d'aliénation nécessaire pour déstabiliser la société et provoquer une révolution socialiste, elle s'organisa pour miner l'héritage chrétien de l'Occident par une critique négative de toutes les facettes et toutes les sphères de l’existence (ce que l'on résume sous l'appellation de « Théorie Critique »). Ainsi qu'on l'a développé autre part, des infiltrés russes s'associèrent activement à ce projet pernicieux de déconstruction de l'Occident (cf.  "Consecrating Russia to Exorcise the West - Part II," Nov. 2014). Cependant, après s'être transportés en Amérique dans les années trente, les tenants de l’École de Francfort instillèrent leur poison d'autonomie radicale, de relativisme, d'insatisfaction et d'aliénation comme aucun autre groupe n'aurait pu le faire.

Ils occupèrent rapidement des positions dans les universités prestigieuses et exercèrent une grande influence sur les « media de loisir » (« entertainment-media »  – l'expression, typiquement, a été forgée par eux) alors en plein développement, y compris Hollywood. La famille, l'éducation, les media, le sexe, la culture populaire furent leurs principales cibles. En particulier, ce sont eux qui conduisirent la révolution sexuelle des années 1960 et donnèrent forme à la culture populaire par leur mélange toxique, à la fois politique et pan-sexuel de Marx et de Freud, lançant même ces slogans hippy que sont « faites l'amour, pas la guerre » et « ce que vous voulez faites-le ». Désireux de détruire toute objectivité et tous les absolus, ils firent la promotion du plus large usage de techniques telles que « l' entraînement  à la sensibilité » (« sensitivity training »)  ou à la « clarification des valeurs » (« values clarification ») , ainsi que du recentrage de l'éducation sur l'enfant, par lequel les enseignants se muèrent en purs « facilitateurs », dont le rôle était de permettre à leurs élèves de développer leurs propres connaissances subjectives et leur propre sagesse.

Toute autorité enseignante étant ainsi moquée et minée. L'autorité familiale fut cependant une cible privilégiée. « Même un effondrement seulement partiel de l'autorité parentale dans la famille pourrait tendre à augmenter la disposition de la génération qui vient à accepter le changement social »  avait décrété l’École de Francfort. Aussi bien l'autorité du père fut-elle attaquée sans remords, les rôles spécifiques du père et de la mère niés, ainsi que leurs droits en tant que premiers éducateurs de leurs enfants. Des cours pornographiques dits d’éducation sexuelle figuraient en haut de la liste de leurs plans. (Même avant d'avoir participé aux réunions initiales de Lénine et d'avoir par la suite, fondé l’École de Francfort, Georg Lukacs avait mis en place son programme emblématique d'éducation sexuelle à l'école dans la Hongrie Bolchevique de son temps.)

De toute cette Théorie Critique destructrice (cad. la Révolution Socialiste par d'autres moyens) émergea le contrôle actuel par le Politiquement Correct. Son principe sous-jacent de « pas de tolérance pour les intolérants », prêché par Herbert Marcuse, représente peut-être l'héritage le plus oppresseur et le plus distinctement juif de l’École de Francfort (les 'intolérants' étant les chrétiens, dont la religion 'répressive' aurait supposément amené l'Holocauste et en conséquence devrait être éliminée de la sphère publique pour éviter que cela ne se répète).

Révolution et Annulation matrimoniale à grande vitesses

Au final, la conception athée du monde ainsi imposée a formé, plus ou moins directement, deux générations de dirigeants occidentaux : parmi lesquels beaucoup voient les racines chrétiennes de leur héritage  comme obsolètes et  intolérantes dans les meilleurs des cas, pleines de haine et oppressives dans les pires. De la même façon  que l’Église Occidentale, témoigne d'un esprit de rébellion, incarné dans la cabale bergolienne, beaucoup de nos dirigeants et de leurs conseillers partagent depuis longtemps une désaffection similaire pour notre civilisation, inspirée de la même source athée. Durant le « synode de l'ombre » tenu à Rome le 25 mai, par exemple, le très écouté Père Schockenhoff (mentionné dans notre Première Partie) a parsemé sa thèse hérétique de citations de deux lumières de l’École de de Francfort : le psychanalyste Erich Fromm, et le sociologue marxiste Théodore Adorno.

Cette conjonction d'esprits agités, insatisfaits, – suiveurs, à l'extérieur,  de la révolution culturelle marxiste et, à l'intérieur, de la révolution ecclésiastique moderniste – était prévisible depuis le moment où l’École de Francfort revint en Allemagne en 1953 (ses idées corrosives ayant déjà été diffusées l'intérieur des institutions Occidentales(3)). En effet, c'est en 1952 que Urs von Balthasar publia ce qu'il appela son « petit livre de programme » : Raser les Bastions. Trente ans plus tard, il devait dire à celui qui est aujourd'hui le Cardinal Angelo Scola que le Second Concile du Vatican avait « adopté » beaucoup de son programme et l'avait « approfondi et enseigné ».  [voir : « Broken Cisterns », CO, March 2006].

 Étant donné que les Balthasariens comprenaient à la fois les modernistes modérés et les véritables, c'était seulement une question de temps – en excluant une intervention divine – avant qu'un conclave élise une papauté aux couleurs bergoliennes : afin d'appliquer les principes évolutifs « programmatiques » jusqu'au bout, sans plus se cacher.

Alors même que j'écris, à la veille du Synode N° II, François a formellement annoncé la procédure allégée d'annulation à laquelle il avait donné le branle avant le Synode N° I. Le 13 septembre 2014, on avait annoncé que le pape avait créé une nouvelle commission pour rendre plus rapides les annulations de mariage. Le fait que c'était annoncé le jour même qui précédait la célébration de mariages multiples que nous mentionnions le mois passé, à laquelle le pape François avait délibérément invité  des couples fiers de cohabiter et où il leur avait permis de recevoir la Sainte Communion, montrait bien que son intention proclamée - « de préserver le principe de l'indissolubilité du mariage » était une hypocrisie insolente.

Néanmoins, un an plus tard, la tâche de la commission furtivement accomplie, le Saint Père prétendait encore que les dispositions de son Motu Proprio Mitis Iudex Dominus Jesus (Le Seigneur Jésus, Juge clément) qu'il a imposé à coup de bulldosers et déchargé dans l’Église, « ne favorise pas la nullité du mariage, mais vise seulement seulement accélérer les procédures, avec la simplicité qui convient ». Les naïfs indécrottables veulent voir un élément positif dans la réaffirmation de « l'indissolubilité du lien conjugal sacré ». Venant d'un pontife qui promeut les intrigues kaspériennes à l'encontre de ce même « lien sacré », qui, dit-on, estime que la majorité des mariages sont invalides, qui a inséré des contradictions morales scandaleuses dans sa célébration de mariages multiples, dont le passé d'incitations à des communions sacrilèges de divorcés-remariés est bien connu – à la lumière de tout cela, on nous excusera de ne pas pavoiser.

Il faut être plus réaliste et (sans vouloir jeter la moindre ombre sur ceux qui cherchent et obtiennent des annulations de bonne foi), admettre que accorder la priorité à la « rapidité » et à la « simplicité » de la procédure d'annulation a la saveur d'une ultime approbation de l'ère post-1789 : une concession supplémentaire au monde, pour miner davantage la vérité catholique : en l'occurrence, la sainteté même et l'indissolubilité du mariage, que François prétend soutenir.

Jean Paul II, qui a hérité de l'explosion des annulations américaines après que le Vatican a manipulé le processus dans les années 70, n'a pas cherché un nouvel assouplissement. Selon le Cardinal Burke, il rejeta, en fait, des propositions similaires à celles qui sont maintenant introduites par François. Au lieu de cela, dans un effort sincère mais futile pour remettre le génie de la nullité dans sa bouteille, sa priorité absolue était un renouveau de l'enseignement : l'enseignement de l’Église sur « l'indissolubilité du mariage – un enseignement qui nous vient du Christ lui-même », comme il le rappela sans nuance à un groupe d'évêques américains lors de leur visite ad limina à Rome en octobre 1998. « La soumission des causes matrimoniales au tribunal (pour vérifier si les conditions d'une annulation existent) ne devrait se faire qu'en dernier recours », leur dit-il, avertissant en outre les évêques que des abus dans les déclarations de nullité pourraient conduire  les fidèles eux-mêmes à mal interpréter les annulations, pensant qu'il s’agissait d'un « divorce sous un autre nom ». Il rappela avec insistance que la nullité doit être une « certitude morale » et non une simple probabilité –  impliquant évidemment par cela même des examens plus longs et plus approfondis, et non plus rapides et plus simples. Il insista également sur ce fait que la détermination des problèmes mentaux ou psychologiques susceptibles de rendre des personnes incapables de contracter un mariage valide devait être confiée à un professionnel « qui partage une anthropologie chrétienne en accord avec la façon dont l’Église comprend la personne humaine. »(4)

Il aurait été préférable que François fasse aux prélats et aux prêtres des causeries similaires (en particulier à ce prêtre en fonction dans un tribunal australien qui confiait joyeusement au présent auteur que, dans un cas indécis, il avait finalement accordé une annulation sur la  base d'un rêve!) Au lieu de cela,  Mitis Iudex Dominus Iesus apparaît comme un « Oui » dans la case moderniste correspondant à l'objectif familial dans la liste des recommandations de l'Ecole de Francfort. Selon Timothy Matthews  (Catholic Insight, 2009), ces recommandations incluaient :

  • la création de délits de racisme ;
  • des changements continuels de nature à créer la confusion ;
  • l'enseignement de la sexualité et de l'homosexualité aux enfants ;
  • l'affaiblissement de l'autorité des écoles et des maîtres ;
  • la désertification des églises ;
  • un système judiciaire biaisé, défavorable aux victimes de crimes ;
  • la dépendance vis-à vis de l’État, ou des subventions de l’État ;
  • le contrôle et la domestication des média ;
  • des incitations à la dissolution des familles.

Bien qu'il soit trop tôt pour dire dans quelle mesure la nouvelle procédure contribuera à la réalisation de ce dernier point, une chose est claire : c'est que la réduction à 45 jours du temps nécessaire à l'obtention d'une annulation, l'élimination de la nécessité d'un second jugement de confirmation, et le fait de laisser les décisions d'annulation à la responsabilité de l'évêque local plutôt qu'à des juges canoniques ne renforcera pas la famille – aucun doute là-dessus !

Convergence avec la culture hégémonique

Les lecteurs auront reconnu que de nombreux autres points de la liste ci-dessus trouvaient leur reflet, direct ou indirect, dans les politiques diocésaines en matière de liturgie, de catéchisme, d’éducation et de justice sociale. La seule diffusion de l'éducation sexuelle dans les écoles catholiques qualifie la plupart des évêques occidentaux comme membres honoraires de l’École de Francfort : comme des marxistes de fait, engagés dans le « terrorisme culturel » ainsi que le 'père' communiste de l'éducation sexuelle, Georg Lukacs, appelait son entreprise.

Pour souligner la véracité de cette terrible accusation, nous n'avons qu'à rappeler le nombre énorme des jeunes Irlandais qui ont voté pour le 'mariage' sodomite. Aussi, la vision écœurante de ces produits 'catholiques’ des classes d'éducation sexuelle célébrant leur victoire au referendum.

Avant ce résultat maudit, l'insouciance de la hiérarchie occidentale en général fut immortalisée dans une photo prise quelques mois après le référendum, dans laquelle le nonce pontifical en compagnie d'un évêque McAreavy hilare, sont assis de la meilleure des humeurs à côté du ministre de l'éducation de l'Irlande du Nord, John O'Dowd, du Sinn Fein (en fait, le bras culturel marxiste de l'IRA). L'occasion en était l'ouverture d'une Grammar School ‘catholique’ juste après que O'Dowd eut diffusé dans toutes les écoles primaires et secondaires les toutes récentes et diaboliques RSE – Relationships and Sexuality Education Guidance (« Lignes directrices  pour l'éducation aux relations et à la sexualité »), un ouvrage d’ingénierie sociale réalisé par le réseau habituel de corrupteurs anti-catholiques – tels l'Association pour le Planning Familial, et les propagandistes sodomites radicaux de Stonewall, dont les adresses web sont gentiment données dans la « Liste des ressources utiles ».  Typiquement, il affirme, au milieu de bien d'autres horreurs que  : « Les recherches récentes révèlent que c'est entre 3 et 5 ans d'âge que les jeunes gens transgenre prennent conscience de ce que le sexe qui leur avait été assigné à la naissance est différent de leur identité de genre. Cependant, c'est entre 6 et 16 ans que les jeunes transgenres commencent à comprendre leurs sensations et à en parler autour d'eux. »

Si le lien entre les Lignes Directrices dépravées de Mr O'Dowd's et les résultats du référendum du Sud (pour ne pas mentionner la « meule » de Matthieu 18:6) n'est pas apparu aux yeux de l'évêque Mc Arreavy et du nonce, ni le fait que se faire photographier si joyeusement avec ce personnage pouvait scandaliser et dégoûter beaucoup de fidèles ; ni que ce qui s'imposait était de dénoncer cette ordure destructrice des âmes qu'il avait fait distribuer au lieu d'une campagne-photo compromettante… si des considérations catholiques de cette nature ne sont pas venues à l'esprit de nos bergers, cela est dû non seulement à une manifeste perte de foi de leur part mais aussi au simple respect-humain : à leur peur mortelle de se voir stigmatisés comme réactionnaires – comme déconnectés, non en phase avec l'esprit de la modernité et ses impératifs post-conciliaires.

De fait, c'est la raison première pour laquelle la fusion de la doctrine moderniste et des lignes directrices du RSE socialiste a pu se produire.(5)C'est la raison pour laquelle le Cardinal Schönborn insiste sur le fait que : « sous la loi civile, … nous pouvons et devons respecter la décision de former une union avec une personne du même sexe, [et] rechercher les moyens de protéger leur vie commune ». Et cela explique aussi pourquoi l'archevêque Cupich préfère décrier la discrimination anti-homosexuelle plutôt que de critiquer la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis d'imposer le 'mariage' sodomite.

Tout ceci pour dire que, quelles qu'aient été les bonnes intentions qui ont motivé le Cardinal Ratzinger et ses indociles collègues (y compris le Cardinal Schönborn, un de ses étudiants et un fils spirituel favori), ils ont produit, au lieu de mettre à jour et ajuster le Syllabus,  un contre-syllabus qui réduit celui-ci à néant.  L'ancien défiait le zeitgeist révolutionnaire. Le nouveau a encouragé l'épiscopat à l'embrasser. Ce faisant, ils se sont rendus ridicules en répétant en perroquets les variations post-referendum de l'archevêque Diarmuid Martin sur le thème : « Le dialogue ne signifie pas le compromis. Il signifie l'engagement. ». Pourtant, si l'archevêque suivait ses propres conseils, de « continuer à nous confronter à la réalité… à faire face aux faits », voilà ce à quoi il devrait faire face : 1. que le dialogue a pris la place de l'évangélisation et conduit non pas à l''engagement' mais à l’absorption par le marxisme culturel (déguisé en culture populaire) ; et 2. que si son troupeau ne voit rien de mal dans la sodomie, c'est parce que lui-même et ses confrères ont adhéré à cette culture marxiste dominante.

Plutôt que tenir fermes et unis contre elle, ils sont devenus tels qu'on ne peut plus les distinguer de la caste culturellement hégémonique : « la classe ploutocratique dirigeante, celle qui manipule la culture de la société -  les croyances, explications, perceptions, valeurs et mœurs ». Et ainsi leur vision épiscopale du monde est dans une grande mesure le reflet de « la Weltanschauung de cette classe dirigeante, imposée et acceptée comme norme culturelle, comme l'idéologie dominante, universellement valide, qui justifie le statu quo social, politique et économique comme naturel et inévitable, présentée comme perpétuelle et bénéfique pour chacun, et non comme ce qu'elle est : une construction sociale qui bénéficie seulement à la classe supérieure. »(6)

L'Encyclique du Recyclage

Et voilà maintenant le fruit inévitable du contre syllabus. Il n'y a pas un bien grand écart entre cette complicité de la hiérarchie dans la transformation systématique et socialiste de la culture et ce travesti post conciliaire grimaçant qu'est l'encyclique écologique Laudato Si : Sur le souci de notre maison commune. Ponctuée de cris d'alarme sur le  réchauffement climatique que l'on aurait plutôt attendus du Guardian, du New York Times ou d'un tract de Greenpeace, celle-ci ravale à un niveau d'une bassesse inouïe la connivence moderniste avec la culture populaire et la passion de se voir accepté et reconnu par le monde.

Dire que l'encyclique papale est débile a l'air d'une impertinence. Mais, en toute charité et vérité, elle est tellement remplie d'humanisme, de naturalisme, de propagande « verte », de charabia cosmique Theilhardien, d'hypocrisie et d'hyperbole ; si indifférente à l'avortement, à la contraception et au contrôle de la natalité, et si coupable de ne pas oser placer le Christ Roi et son Église à l'avant et au centre de toute considération, que, pour le bien de « notre sœur la terre » et l'accroissement de gloire de ses forêts, on serait tenté de s'abstenir de gaspiller du papier à son sujet. Hélas, elle est si révélatrice de l'agenda bergolien, à tant de niveaux, qu'il nous faut en parler au risque d'étendre notre empreinte carbone.

« Dans mon Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, j'ai écrit à tous les membres de l’Église afin d'encourager le renouveau missionnaire en cours. Dans cette encyclique, je voudrais entrer en dialogue avec tous les peuples à propos de notre maison commune », déclare François dès l'entrée. Quelle tristesse que cette préférence post-conciliaire pour le « Moi » au lieu du papal « Nous ».  Triste mais compréhensible et révélateur : « Nous » étant vu comme réactionnaire, évocateur d'une Tradition irritante et d'une continuité réductrice, significatif d'une institution sacrée, non de la tribune personnelle que François préfère pour provoquer. Quant à ce qui est du « renouveau missionnaire en cours » - cela d'un pontife qui ne veut pas de convertis !  Et « notre maison commune » n'est pas la 'planète terre' mais la Sainte Église Catholique, polluée aujourd'hui par l'hérésie, l'hétérodoxie, la complicité, la collusion et schisme imminent.

J'avais déjà du mal à garder mon souffle et je n'étais qu'au paragraphe 3 ! Et j'ai toujours eu un océan de verbiage pour naviguer ! Mais, plutôt que d'infliger au lecteur un journal détaillé de ma pénible croisière au long de cette vaste mer de mots,voici une rapide évaluation numérique et linguistique de son message moderniste.

Statistiques révélatrices

Alors que le mot  « nature » est cité plus de 80 fois dans les 246 paragraphes et 40.859 mots (y compris les notes et les prières de conclusion), l’Église est mentionnée seulement 15 fois, et moins de 3 % des paragraphes font référence au Christ.  La première des 48 mentions du Christ n'apparaît qu'au paragraphe 83, où le « Christ Ressuscité » est présenté comme une « mesure de la maturité des choses » tout à fait New Age, avec une référence explicite, dans la note accompagnatrice (53) au panthéiste hérétique Theilhard de Chardin. Nous attendons jusqu'au paragraphe 98 pour trouver la mention suivante, la seule du « Christ crucifié » (une citation de Jean-Paul II). « Jésus-Christ » n'apparaît que trois fois seulement en tout.

Seuls Jean XXIII et les papes post-conciliaires sont cités. N'ayant pas reçu la lumière du contre-syllabus, les papes pré-conciliaires sont ignorés in toto.

Les mots-clés du contrôle, liberticide et globaliste, de la population : « durable » et « non-durable » apparaissent 24 fois, un peu moins que le mot « spirituel », qui apparaît sous sa forme générique 31 fois, mais seulement deux fois dans un sens spécifiquement chrétien (et une fois dans un sens spécifiquement musulman – note 159).  la « spiritualité » est mentionnée 17 fois, y compris 8 « spiritualité chrétienne », 4 « spiritualité écologique » et 5 « spiritualité » générique.

Le lexique catholique est réduit au minimum. Le mot « Rédemption » apparaît une fois (une citation de Jean-Paul II), et « sacrifice » 4 fois seulement (aucune ne se référant au sacrifice du Christ). C'est en vain que l'on rechercherait d'autres termes catholiques tels que Messe, Saint Sacrifice, Présence Réelle, Confession, Rosaire, Paradis et Purgatoire. Et, bien que le mot « social » apparaisse pour un nombre épatant de 94 fois, le Règne Social du Christ n'est pas mentionné, et il n'y est pas fait allusion même une fois.

L'âme est mentionnée une seule fois, et  seulement pour « trouver Dieu en toutes choses » (233). Le péché est mentionné quatre fois, uniquement en connexion avec la nature, de même, le salut de l'âme est abandonné en faveur de quatre types de salut atteignables par des relations appropriées avec la nature (71, 79, 79, 112). La « conversion écologique » apparaît 3 fois. Pour faire bonne mesure, on lance la  « vertu écologique ».

L'Eucharistie est mentionnée 9 fois, en tant que « source » cosmique «  de lumière et de motivation pour notre souci de l'environnement »,  8 de ces fois dans un seul paragraphe d'un sabir Theilhardien incompréhensible, où « le cosmos rendre grâce à Dieu » et l'Eucharistie est « célébrée sur l'autel du monde », pour purifier les relations avec Dieu et le monde, et nous encourager à prendre soin de la nature.

Exaspérant et embarrassant.

En vérité, après deux années de scandale et de double-langage, il était difficile de lire une quelconque section de l'encyclique sans branler du chef, et gonfler les joues d'exaspération. « Il n'est pas facile de promouvoir … une saine humilité ou une heureuse sobriété quand on se considère comme autonome,… et pensez que nos sentiments subjectifs peuvent définir ce qui est bon et ce qui est mal », écrit François. Eh ! Le  « Qui suis-je pour juger ? » ne nous dit-il pas que nous avons là une norme nouvelle, subjective, pour définir ce qui est bien et mal ? N'avons-nous pas là l'appel de la sirène moderniste avec ce  pape qui refusait de prendre une position objective contre le vice de la sodomie, jusqu'à adopter l'insidieuse appellation de « gai » pour dissimuler la vérité et protéger les « sentiments subjectifs » de ceux qui le pratiquent ?

Pour un esprit catholique concerné par la bonne santé de notre Mère l’Église, plus (et infiniment plus) que celle de « notre sœur la terre », le paragraphe 46 stigmatisant « l'exclusion sociale », « l'agression sociale », « la faillite sociale », « la violence accrue » et « la rupture des liens » avait surtout la vertu de remettre en mémoire les Frères Franciscains de l'Immaculée. Leur exclusion brutale, leur dispersion, la façon dont ils ont été calomniés sous François – y compris la privation de leur droit, réaffirmé par Benoît XVI dans Summorum Pontificum, de célébrer la messe ancienne sans approbation épiscopale – est une illustration de la rupture violente des liens spirituels, liturgiques et fraternels qui s'est produite parmi les catholiques au cours d'une période de 45 ans, et qui se prolonge.  

C'est toutefois la violence à l'endroit de la nature qui préoccupe François. Avec son appel emprunté à entendre « le cri de notre sœur la Terre, nous suppliant de prendre une autre voie », il fait figure d' « un croisement entre Al Gore et Chicken Little », a écrit Chris Jackson dans une critique cinglante. « Le cri de la terre ? La terre est fragile et maintenant elle pleure ? A en croire le pape, nous vivrions actuellement sur l'équivalent planétaire d'un enfant de six mois !». 

Jackson met aussi le doigt sur une hyperbole, énoncée avec la complaisance et l'incohérence habituelles au paragraphe 61 :

« Il y a des régions à haut risque aujourd'hui et, même si on refuse de tenir compte de toutes ces prédictions apocalyptiques, on voit que le système mondial actuel ne peut certainement pas se soutenir d'un certain nombre de points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux buts de l’activité humaine ». « Si nous passons en revue les régions de notre planète, nous voyons immédiatement que l'humanité a déçu les attentes de Dieu ».

« D'abord », note Jackson, « l'encyclique papale elle-même est pleine de prédictions apocalyptiques. En second lieu, les seuls 'points de vue' présentés sont ceux des alarmistes du climat. En troisième lieu, avec toutes les offenses à la morale qu'on voit partout dans le monde, y compris les décapitations et les massacres de Chrétiens par ISIS, le pape va nous dire que l'humanité a déçu les attentes de Dieu parce qu'elle n'a pas éteint ses conditionneurs d'air ? Je crois quant à moi que si Notre Seigneur avait l'occasion d'exprimer pleinement ce qu'il reproche à l'humanité, les accusations de cette encyclique seraient les dernières sur Sa liste, à supposer qu'elles y figurent. »(7)

Inversion des priorités et objectifs païens

De fait, elles ne figurent pas sur la liste du Christ. Mais qu'en est-il de l'Antéchrist ? Admettons que la diabolique École de Francfort n'ait pas inclus dans sa liste d'objectifs des postes tels que « créer des terreurs pseudo-scientifiques pour permettre l'émergence de centres globaux de pouvoir et de contrôle » ; ou « pousser à la phobie du CO2 et autres fantasmes environnementaux pour inciter aux conflits sociaux en vidant les coffres des gouvernements ». Mais c'est comme si elle l'avait fait. Ainsi que montré dans notre édition d'octobre 2006 sur les problèmes de l'environnement et la fable du réchauffement climatique, le mouvement des « Verts » est l’École de Francfort dopée aux stéroïdes : promouvant, d'une façon ou d'une autre à peu près toutes les erreurs anti-chrétiennes condamnées par Pie IX.

Ce qui perturbe est que, parmi tant de  crises à l'intérieur et hors de l’Église, le pape a préféré publier une encyclique incorporant les croyances mensongères des mendiants du projet vert. Les mots manquent tout simplement devant son souci de sauver du danger les « récifs de corail, les poissons, les crabes, les mollusques, les éponges, les algues des mers tropicales et sous-tropicales »,  … oh, et « le plancton ». Pour ne rien dire son index réprobateur stigmatisant « l'utilisation croissante du conditionnement d'air » (l'avait-on éteint pendant qu'il écrivait cette critique ? Je pense que nous avons le droit de le savoir).

L'inversion des priorités papales est préoccupante, d'autant que les passages sainement catholiques contenus dans l'encyclique auraient pu être prononcés ou écrits dans une douzaine d'autres formats ou de modes papaux d'expression, sans le blabla qui distrait l'attention des questions concernant la vraie vie et la mort.

Tout cela n'est autre que le cadeau fait à nos ennemis d'une nouvelle occasion d'instrumentaliser l'évangile social bergolien pour des fins mondaines. Nous pouvons compter sur des horreurs mondaines, parce que la signature des Verts n'est pas une signature céleste marquée par une poursuite désintéressée de la vérité. Au contraire, d'un scandale à l'autre, d''une escroquerie du contribuable à l'autre, leur activité est marquée de façon répétitive par le mensonge et un égocentrisme de l'espèce la plus hideuse.

Le nom Al Gore vient spontanément à l'esprit. Incarnation de l'incohérence et de l'hypocrisie verte, il a fait une fortune pour avoir mis en route l'industrie du réchauffement climatique anthropogénique avec son film « La Vérité qui dérange » (« Inconvenient Truth »). Un film criblé d'erreurs et de postulats infondés. Un juge de la Haute Cour Britannique a ordonné en octobre 2007 que ce film ne soit projeté dans les écoles qu'accompagné de notes explicatives nouvelles (c'est à dire de corrections scientifiques) pour faire équilibre aux vues « partisanes » de Mr Gore. Déclarant que la vison apocalyptique qui y est présentée n'est pas une analyse scientifique impartiale, le juge identifia pas moins de neuf erreurs significatives dans ce film.  Parmi elles, la référence bouleversante de Gore à une étude montrant qu’on avait trouvé des ours polaires noyés « pour avoir nagé sur de longues distances à la recherche de glaces ». Le juge déclara : « La seule étude scientifique que deux parties présentes ont pu trouver est une étude indiquant que 4 ours polaires ont récemment été trouvés noyés à cause d'une tempête. » (Peut-être le Pontife suprême s'est-il laissé émouvoir par une fabrication pleurnicheuse similaire à propos du plancton – ses errances et son impitoyable déchéance causée par  le CO2 … seul… sans amour… à l'agonie unicellulaires …?) 

Gore est emblématique. Qu'il s'agisse de scientifiques payés par les gouvernements ou les grands conglomérats, ou de commissions des Nations Unies préparant un agenda politique, on peut trouver sur Google, leurs mensonges, leurs dissimulations et/ou leurs tripotages de données. Pourtant le simple fait que « le réchauffement climatique anthropogène» ait  rapidement muté en un  « changement climatique » indéterminé – de la même façon que le  « sexe sûr » (« safe-sex ») est actuellement devenu le demi-mensonge du « sexe plus sûr » (« safer sex »)  -  en dit long sur ses racines malhonnêtes. Il s'agit de la plus grande tromperie (soit dit en passant, le monde est plus froid de 1.08 degrés que ce qu'il était en 1998). Elle laisse loin derrière elle « l'Homme de Piltdown », le faux « chaînon manquant », cette fraude qui fait autorité dans le monde scientifique pendant plus de 40 ans (de 1922 à 1953) avant qu'il n'apparaisse qu'il s'agissait de la mâchoire d'un orang-outang ajustée à un crâne humain.

Cependant cette fraude-là – la pire d'une série visant à mettre en place le château de cartes évolutionniste sur lequel repose l'athéisme moderne – visait à évincer tout absolu en matière de doctrine et de morale absolues en éliminant Dieu de l'équation. Les environnementalistes quant à eux ne cherchent pas à éliminer, mais à s'associer la religion : afin de promouvoir un panthéisme qui serve leur programme politico-religieux en action depuis plusieurs décades. On sait que l'ombre d'un certain prêtre panthéiste du nom de Theilhard de Chardin S.J. plane sur la fraude de Piltdown. Par une sombre symétrie, son influence posthume apparaît dans la contribution du Saint Père à la fable du réchauffement climatique : c'est un aspect significatif de Laudato Si  que James Larson expliquera le mois prochain.

Un silence calculé

Quelques déclarations et allusions en faveur de la vie et opposées aux contrôle de la natalité se sont glissées, par bouffées, dans le narratif alarmiste général de l'encyclique. Pur bruit de fond, les salves de cette nature sont une ruse hélas familière du pape. Ainsi que le notait un jour Sandro Magister :

Il n'est pas facile d'entrer dans l'esprit du pape Bergoglio… Il fait des remarques dures et mordantes, mais jamais au moment où elles pourraient provoquer un conflit. [François répète constamment que] «  la vision de l’Église est connue et je suis un fils de l’Église ». Parfois il le rappelle sur un ton combatif à l'adresse de ceux qui s'attendent à le voir changer la doctrine, comme dans le passage le moins cité de son Evangelii Gaudium, où il a les mots les plus sévères contre le 'droit' à l'avortement. Mais il ne proclame jamais à haute voix l’enseignement de l’Église lorsqu'il y a débat sur un sujet qui est devenu brûlant.

Magister cite plusieurs exemples du silence et de l'inertie du pape devant la promulgation de législations anti-vie et anti-famille dans différents pays (et, pourrions-nous maintenant ajouter, devant la décision Obergefell de la Cour Suprême Américaine ou le référendum irlandais). Le pape a également maintenu le silence, dit Magister concernant un rapport des Nations Unies exaltant le présent pontife mais qui « humilie » l’Église, appelant le Vatican à « amender » son enseignement sur l'avortement, la famille et le sexe. Il ajoute : « Il y a des attaques de style Jacobin contre l’Église, et pas seulement en France, qui veulent tout simplement l'exclure du discours civil. ». Devant celles-ci, la non-réponse de François fait un fort contraste avec l'attitude de Benoît XVI, qui préférait le conflit à ciel ouvert, avec le courage des « oui » qui signifient « oui » et des non » qui signifient « non ». C'est la raison pour laquelle le monde l'a traité avec une telle férocité, » conclut Magister. « Avec François, c'est différent. »

Étant donné que Benoît, ouvert aux soucis environnementaux honnêtes, était pourtant haï par les gens du monde, les louanges séculières qui pleuvent sur François pour sa Laudato Si confirment l'observation de Magister. Plus encore que la propagande verte à laquelle il se prête, c'est sa méthode contradictoire du si, no, si, no, typique de la révolution conciliaire qu'il personnifie, qu'ils apprécient vraiment. Les passages catholiques de-ci de-là dans l'encyclique ne posent aucun problème sérieux à la poursuite des   liens socialistes que François considère comme la voie à suivre pour l'Église – notamment en exploitant le réseau attrape-tout (politique, économique, social, culturel, social, environnemental) des « mouvements populaires ».

Sous Paul VI l'Ostpolitik trahissait en donnant tous apaisements à l'ancien bloc soviétique ; de la même façon, la politique actuelle du Vatican s'oppose à tous les instincts, à toutes les traditions catholiques. Mais, compte tenu de tout ce que nous avons montré – que la créativité moderniste est le reflet, en action et en toute connaissance de cause, de la créativité marxiste – nous ne devrons pas être le moins du monde surpris par cette proximité de plus en plus évidente entre la Rome d'après le 13 mars 2013 et le réseau socialiste : c'est une relation scandaleuse qui est encouragée depuis longtemps par les organismes 'catholiques' en charge de la justice sociale.

Soutien à la Contre-Révolution !

Nous continuerons à explorer ce thème de l'idéologie-en-tant-que-religion dans notre Partie Finale. En attendant, pour rendre quelque vigueur aux esprits accablés, nous offrons aux lecteurs quelques nourritures contre-révolutionnaires :

- une dose  roborative de conviction, de clarté et de force papale émanant de Saint Pie X, ainsi qu'une stimulante contre-encyclique dans le style de Pie X écrite par Randy Engel (les deux parlent de l'esprit de complicité de Laudato Si et du caractère anémique de encycliques post-conciliaires en général).

- l'exposé magistral du Prince Betrand sur la façon dont les néo-marxistes sont fêtés à Rome et sur la raison pour laquelle leur rhétorique rebattue demeure hostile à la restauration de la civilisation et de l'ordre chrétien ;

- une revue hautement intellectuelle, par Thomas Belfatto, de l'enseignement éternel de l’Église sur le mariage et la moralité : pièce à conviction A ; dans le procès doctrinal contre les propositions des hommes de paille du pape tels que Kasper .

- un rappel de la grande Sainte Jeanne (où en serions-nous sans le témoignage courageux de nos incomparables saints !)

- et une récapitulation de la ratification publique et spectaculaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima – une dévotion vitale et un message que le Saint Père feignit, initialement, d'embrasser et de placer au centre de son pontificat, pour ensuite se contredire (une nouvelle fois).

Pour conclure le mois prochain.

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FOOTNOTES

(1) Il s'est trouvé un cardinal de haut rang pour vanter hautement la conspiration synodale  - voir CO, Dec 2014, pp. 26-27. Dans son récent livre The Rigging of Vatican Synod ? : An Investigation into Alleged Manipulation at the Extraordinary Synod on the Family (Fraudes au Synode du Vatican? : Une enquête sur les accusations de manipulation du Synode extraordinaire sur la famille) , l'auteur, Edward Pentin, a identifié ce personnage arrogant comme étant le Cardinal Baldiserri, Secrétaire Général des deux synodes sur la famille ; l'homme responsable du vol dans les boîtes postales de chacun des Pères du Synode d'un livre écrit par cinq cardinaux pour la défense de l'enseignement catholique sur le mariage et la famille, afin d'éviter undéraillement de ses plans subversifs.

Le Cardinal Napier a raconté à Pentin que, quelques mois avant le Synode de 2014, un membre officiel du Secrétariat du Synode était venu le trouver pour lui confier ses graves appréhensions. Cette personne dit à Napier qu'il était « très perturbé » par ce dont il avait été le témoin et déclara que « ce truc est manipulé, c'est une manœuvre. Ils veulent un certain résultat ». Le Cardinal Baldisseri a pris soin d'indiquer qu'il est purement le Secrétaire et que le Pape, en tant que Président du Synode épiscopal, en est le patron – un patron qui contrôle tout étroitement. «Fait attention, comme c'est une chose dont il faut prendre pleinement conscience», a ricané Baldiserri en informant ses critiques que François a présidé toutes les réunions du Secrétariat et a vérifié et approuvé tous les documents (scandaleux) associés au synode de 2014 avant leur publication.

(2) L'archevêque Cupich est représentatif ce cette sympathique bande d'hérétiques. Avant que François ne le nomme à Chicago, celui qui était alors l'évêque Cupich alla jusqu'à forcer une congrégation de 200 fidèles de la messe traditionnelle à assister à la célébration sur le trottoir de leur église de Rapid City. Il interdit aussi à son clergé de Spokane de participer à une importante veillée en faveur de la vie. Aujourd'hui il défend les droits des sodomites et celui des politiciens favorables à l'avortement à recevoir la communion.

(3) « Les héritiers des [membres de l'Ecole de Francfort Herbert] Marcuse et [Théodore] Adorno dominent aujourd'hui complètement les universités [américaines] et il y a très peu de livres d'art, de littérature ou de langue publiés aujourd'hui aux États-Unis ou en Europe qui ne fassent pas ouvertement mention de ce qu'ils doivent à l'École de Francfort » (Michael Minnicio, Fidelio Magazine, 1992, cité par Tim Matthews dans Catholic Insight, 2009)

(4) Cette évaluation psychologique représente cependant un seuil très peu élevé. Selon le Code de Droit Canon révisé en 1983 (développé au cours d'une période où l'activité et l'influence Maçonniques étaient notoires en Italie et au Vatican – cf « Chronic Convergence, Part I, CO, Aug-Sept 2012),   les annulations ont été faciles à obtenir sur la base d'une 'immaturité' rendant inapte à comprendre ce qui était su ou cru concernant la conclusion d'un contrat de mariage. La procédure nouvelle ne fait que rendre pire une situation mauvaise.

(5) Voir « Wake up Ireland ! » et « Sensual Catechesis : Irish Bishops in Bed with the State », CO, February 1999.

(6)The New Fontana Dictionary of Modern Thought, Third Edition, 1999.

(7)"Why I’m Disregarding Laudato Si and You Should Too." The Remnant, 19/6/15.

 

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